Brexit : le bilan 2017 des transferts des banques de la City vers l’UE et l’impact sur l’emploi en finance

L’année 2017 étant désormais derrière nous, il est temps de faire lebilan des transferts d’équipes post-Brexit de la City de Londres versles places financières de l’UE. Qui sont donc les grands gagnants ? Pourle savoir, nous avons dressé la liste des annonces – officielles ou pas– sur l’ensemble de l’année écoulée ainsi que l’impact de ces transfertssur l’emploi (lorsque ce dernier est connu). Dans un premier temps,Francfort a pris une sérieuse longueur d’avance, notamment concernant letransfert d’équipes de vente et de trading de grandes banquesd’investissement américaines  (Citigroup, Goldman Sachs, MorganStanley). Luxembourg a lui aussi été l’un des grands gagnants du Brexiten 2017, d’après une étude menée par KPMG, d’autant plus quele Grand-Duché reste particulièrement prisé des assureurs britanniques.Bank of America, Citiroup, JPMorgan Chase et maintenant Goldman Sachs :les grandes banques américaines vont-elles faire de Paris leur principalhub de trading dans l’Union européenne ? Toujours est-il qu’entre lesannonces officielles (ou officieuses) d’achats de licence bancaire,d’acquisitions d’espaces de bureaux et de transferts de desks detrading, la capitale française semble être de nouveau dans la partieaprès une petite période d’effacement derrière la place de Francfort.Soulignons par ailleurs le dynamisme des places financières commeAmsterdam ou Dublin qui, en dépit de leur petite taille par rapportà Paris et Francfort, ont déjà réussi à attirer de nombreux acteurs enprovenance de la City. Enfin, d’autres places financièreseuropéennes moins importantes, comme par exemple Milan ou Bruxelles,pourraient elles aussi tirer parti du Brexit. A suivre de près donc en2018… PARIS Citigroup a demandé une licence en France pour ses activitésde marché, selon James Cowles, patron de la banque américaine pourl’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, dans une interview publiée finseptembre dans Les Echos. Et d’ajouter que le Brexit ne devrait pasaffecter plus de 100 à 200 postes chez Citi et que ceux-ci seronttransférés dans les principales implantations de la banque en Europe,comme Francfort, Paris, Milan ou le Luxembourg. Bank of America seraiten train de négocier l’acquisition d’espace de bureaux à Paris afin d’ytransférer une partie de ses opérations de trading, selon deux sourcesproches du dossier citées fin septembre par Bloomberg. BoA, quiprévoyait initialement de transférer environ 300 employés sur Paris,pourrait au final en accueillir près d’un millier. En septembre, legéant américain de l’assurance Chubb a annoncé avoir choisi Paris pourson nouveau siège européen post-Brexit. On ignore à ce stade le nombred’emplois susceptibles d’être relocalisés depuis Londres. Le groupebancaire HSBC a annoncé mi-janvier qu’il allait déplacer 1.000 emploisde ses bureaux londoniens vers Paris où il emploie déjà 9.500 salariés.Selon le directeur général de la banque, Stuart Gulliver, seuls lespostes liés à l’activité d’investissement sur les marchés mondiauxseront concernés. « Difficile à ce stade de dire si c’est une bonnenouvelle ou pas en terme de recrutements. L’impact sur l’emploi est eneffet difficile à quantifier. Qui dit rapatriement dit aussi doublons etréductions d’effectifs éventuelles », rappelle Amaury la Clavière,senior manager de l’activité BFI au sein du cabinet Robert Walters.D’ici mai 2019, une soixantaine de financiers de la banqued’investissement de JP Morgan devraient rejoindre la place Vendôme àParis où la banque américaine compte déjà 250 banquiers d’affaires,spécialistes des marchés et de gestion de fortune, selon des confidencesde son CEO Jamie Dimon en marge des réunions d’automne du FMI et dela Banque mondiale. Goldman Sachs qui va transférer un grand nombre detraders et de banquiers de Londres vers Francfort et Paris à la suite duBrexit, a indiqué en novembre une source proche du dossier. Il faut direque le CEO de la banque, Lloyd Blankfein, semble conquis par la capitalefrançaise, indiquant sur son compte twitter qu’il était frappé par« l’énergie positive » qui y règne. Société Générale a annoncé débutjuillet son intention de relocaliser une partie de ses effectifslondoniens vers Paris. « A la lumière des décisions prises par legouvernement, nous concentrerons les relocalisations en France. Cemouvement concernerait 300 à 400 postes sur les 2.000 actuellement àLondres », a déclaré son PDG Frédéric Oudéa. Crédit Agricole : laplate-forme de trading des obligations d’Etat, actuellement basée àLondres, sera transférée, à partir de septembre 2017, chez CréditAgricole CIB à Paris, où elle sera placée au coeur des activités sur lesswaps en euro, les prises en pension et les produits liés à l’inflation,a déclaré une porte-parole de la banque citée par Reuters. Lafintech londonienne SETL spécialisée dans la blockchain a annoncé finfévrier l’ouverture d’un bureau à Paris qui sera dirigé par PierreDavoust ,un haut fonctionnaire du Trésor débauché pour la circonstance.Une première société de gestion est déjà revenue dans l’Hexagone : ils’agit de Eleva Capital qui a déménagé fin juin à Paris plus de lamoitié de son front-office (soit 9 salariés sur 14). FRANCFORT GoldmanSachs a entamé le déménagement de postes de Londres vers Francfort, aannoncé en juin le directeur des activités européennes du géantaméricain, Richard Gnodde, au journal Frankfurter AllgemeineSonntagszeitung. Ce transfert devrait doubler les effectifs,actuellement au nombre de 200, de la banque américaine dans lacapitale financière allemande. Citigroup : C’est officiel: la quatrièmebanque américaine en termes d’actifs, a indiqué en juillet qu’elleavait choisi Francfort comme ville de repli après le Brexit. Ledirecteur de sa filiale EMEA, Jim Cowles,évoque la possibilité de devoircréer 150 nouveaux postes situés dans l’Union européenne après le Brexitpour pouvoir continuer à servir les clients du marché unique. MorganStanley a choisi Francfort comme base d’implantation en Europecontinentale dans la perspective de la sortie de la Grande-Bretagne del’Union européenne, selon une source proche du dossier, qui préciseque cette décision entrainera le transfert d’environ 200 emplois àFrancfort.. Jamie Dimon, le CEO de JP Morgan Chase, a évoqué lors desrencontres financières internationales de Paris Europlace début juilletl’éventualité de transférer « des centaines d’employés vers des centreseuropéens où nous possédons des licences, Francfort, Dublin,Luxembourg ». Et d’ajouter : « Nous avons déjà les licences à Francfort.Nous allons probablement utiliser notre banque à Francfort, mais lescollaborateurs pourraient être à Paris, aux Pays-Bas, à Madrid ouailleurs dans l’UE ». Deutsche Bank : le principal groupe financierallemand pourrait rapatrier dans les années à venir plus de 4.000personnes sur le Vieux continent, principalement à Francfort et Berlin,selon une information de Bloomberg divulguée début août. En 2016, UBS aouvert une antenne à Francfort pour y regrouper la plupart de sesopérations européennes de gestion de fortune. « Nous avons une structureen place et des infrastructures que nous pouvons développer si besoinest », avait indiqué son directeur général Sergio Ermotti lors du forumde Davos en janvier dernier. Selon lui, entre 20 et 30% des 5.000personnes travaillant à Londres pourraient être affectées par unéventuel transfert, qui reste à confirmer. La banque britanniqueStandard Chartered qui emploie environ 1.700 employés à Londres, aindiqué début août qu’elle prévoyait de dépenser environ 20 millions dedollars  pour transformer son bureau de Francfort (qui compteactuellement 100 employés) en une base européenne post- Brexit. . AprèsDaiwa Securities et Nomura, une troisième banque japonaise a annoncédébut juillet vouloir prochainement quitter Londres pour Francfort. Ils’agit de la banque Sumitomo Mitsui, troisième banque du pays, quidevrait délocaliser vers le Main une partie de ses 1000 salariéslondoniens. La deuxième plus grande banque de Russie, VTB, qui déploieses activités européennes à partir d’un quartier général à Vienne etdispose également de licences en France et en Allemagne, envisagesérieusement de regrouper ses activités européennes dans un nouveausiège à Francfort, “Nous voulons que Francfort soit le siège de cettebanque parce que nous croyons que cette ville deviendra un centre encoreplus important d’activité financière après Brexit“, a déclaré ledirecteur général de la banque, Andrey Kostin,dans une interviewau.Handelsblatt en février. LUXEMBOURG L’assureur américain AIG aannoncé en mars la création d’une filiale au Luxembourg. A compter dupremier trimestre 2019, l’assureur aura ainsi une filiale basée àLondres pour continuer à servir ses clients britanniques et une autre àLuxembourg pour le reste de l’Europe et la Suisse. Aucune informationn’a filtré sur le nombre d’emplois qui seront transférés vers leGrand-duché où AIG dispose déjà d’une succursale employant troispersonnes. Hiscox, compagnie d’assurances britannique, a annoncé débutmai son intention de créer une nouvelle structure au Luxembourg.Toutesses activités à destination des particuliers (retail) seront transféréesdans cette filiale pour laquelle une équipe sera recrutée,essentiellement pour des fonctions de compliance, de gestion du risqueet d’audit interne. Les deux groupes mondiaux d’assurances RSA et CNAHardy ont annoncé début juin avoir choisi le Luxembourg pour garder unpied en Europe, dans la perspective du Brexit. D’ores et déjà, le patronde CNA Hardy a annoncé des recrutements sur place dans des fonctions demanagement, y compris dans le champ du risk, de la finance et de lacompliance. Liberty Specialty Markets (LSM) a confirmé début juillet sonintention de localiser son quartier général européen au Luxembourg suiteà la décision du Royaume-Uni de quitter l’UE. Dans une interview àReuters, le vice-président exécutif en charge des activités européennesde l’assureur américain FM Global, Chris Johnson, a indiqué avoir entaméles démarches pour installer une filiale à Luxembourg dans le contextedu Brexit.. Tokio Marine, le plus ancien assureur japonais a choisi leLuxembourg pour y établir sa filiale européenne. Le début des opérationsdepuis Luxembourg est prévu pour le premier semestre 2018. Le nombred’emplois qui seront créés par ce déménagement n’est pas encore connu,Le fonds d’investissement britannique M&G Investments aconfirmé début mars la création d’une structure juridique au Luxembourgconstituée de deux entités : une société de gestion active dans lesfonds Ucits et AIFM, et une autre qui assurera la distribution de fonds.Le gestionnaire de fonds britannique Henderson pourrait choisir leLuxembourg en cas de hard Brexit, Disposant déjà de structures auGrand-Duché, il y localisera des effectifs londoniens occupés à lagestion de fonds, du risque et de la gouvernance. Les fonds américainsde private equity Blackstone et Carlyle pourraient venir s’installerdans les prochains mois au Luxembourg, avait rapporté Bloomberg finjanvier. Il s’agirait davantage de déménagements administratifs que detransferts de personnel. Les principaux intéressés n’ont cependant passouhaité commenter l’information. Le géant du private equity 3i auraitjeté son dévolu sur le Luxembourg pour garder un pied dans le marchéunique européen, a révélé le Financial Times en mai dernier. SimonBlack, le CEO de la fintech londonienne PPRO spécialisée dans lespaiements alternatifs a annoncé début mars dans une interview auGuardian le lancement d’une nouvelle base opérationnelle au Luxembourgpour contrer les éventuels effets du Brexit. D’ores et déjà, undirecteur général pour la nouvelle division luxembourgeoise a déjà étérecruté. La seconde banque singapourienne Oversea-Chinese BankingCorporation (OCBC) envisage l’implantation d’une filiale au Luxembourgsuite à la décision du Royaume-Uni de quitter l’UE. Toutefois, la banquea d’autres juridictions dans son viseur et n’officialisera un éventuelparachutage qu’après avoir obtenu l’agrément du ministère des Finances.DUBLIN Début juillet, Barclays a finalement choisi Dublin pour devenirson centre européen post-Brexit. Barclays avait réduit la recherche àDublin et à Francfort, mais s’est finalement installée en Irlande oùelle compte déjà environ 120 employés. Ses effectifs dans le paysdevraient augmenter de 100 à 150 employés supplémentaires. Le géantaméricain de l’asset management Legg Mason envisage de créer une sociétéde gestion à Dublin où il gère déjà des fonds actions et obligatairesdepuis le Royaume-Uni, selon The Irish Times. AMSTERDAM La banque RBS,détenue en majorité par l’Etat britannique, a annoncé début aoûtavoir choisi Amsterdam pour mener ses activités dans l’UE après leBrexit. RBS se prépare ainsi à utiliser sa licence bancaire dont elledispose aux Pays-Bas afin de permettre à sa filiale de banqued’investissement, nommée NatWest Markets, de pouvoir continuer à exercerdans l’UE..RBS emploiera au maximum 150 personnes aux Pays-Bas. Lespécialiste des obligations Tradeweb, filiale de Thomson Reuters, achoisi le centre financier néerlandais. Deux des plus grandes banquesjaponaises, Mitsubishi UFG et Mizuho, devraient renforcer leursopérations à Amsterdam, selon Bloomberg. Ces dernières sont en effetsoucieuses de trouver un nouveau point de chute pour continuer de menerleurs activités titres auprès de leurs clients européens, notamment dansla souscription et les dérivés. BRUXELLES Le géant de l’assurance Lloydsof London a choisi Bruxelles pour établir sa base européenne. “Il fautespérer que ce choix de Lloyds of London servira d’inspiration àd’autres“, précise dans nos colonnes Grégoire Tondreau, Managing PartnerBelgium chez Roland Berger. Related articles: Brexit : Paris peut-elleremplacer Londres ? Vous voulez faire carrière dans la finance ? Alorsvous n’aurez peut-être bientôt plus besoin de passer par la caseLondres… Brexit ou pas, les banquiers étrangers veulent toujourstravailler à Londres Malgré le Brexit, les banquiers non britanniquesplébiscitent toujours Londres pour leur travail Luxembourg : unedestination intéressante pour les professionnels de la finance Plutôtdiscrète, la place de Luxembourg n’en demeure pas moins attractive pourtous les acteurs de la finance dans le contexte post-BrexitCrédits : Prasit photo / gettyimages ““

Source: news.efinancialcareers.com